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Loisirs - Page 4

  • Un voyage en Corse

    Un de mes cousins, Louis Le Tourneau, a retrouvé de vieux papiers de famille et a pris la peine de transcrire un récit de voyage rédigé par mon arrière grand-oncle, Fernand Le Tourneau (1875-1959).

    SÉJOUR à BASTIA et TOUR du CAP CORSE par M. et Mme Le Tourneau, Mai 1909
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    Dimanche après-midi, nous sommes allés nous promener dans la ville, et sur la côte, où le tramway nous a amenés à trois kilomètres pour 0.20 [francs]. Le tramway est un petit break de 6, où l’on a la prétention de faire tenir jusqu’à 10 personnes, du même modèle que les fiacres de la ville. (lire la suite)

  • Voyage à Persépolis

    Il est en Orient une ville très légendaire
    Dont l’évocation frappe toujours l’imaginaire.
    Elle est vieille de deux mille six cents ans
    Et fut détruite par Alexandre le Grand.

    Quant au motif de ce geste dévastateur,
    Nul ne le sut jamais, un instinct prédateur
    Devant néanmoins être exclu. Mais revenons
    À Persépolis, car tel est son si beau nom.
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    Ville mythique que fonda Darius Ier
    Qui n'hésita pas à puiser dans le grenier
    Parmi les arts de son siècle les plus toniques :
    Colonnes cannelées relevant de l'ordre ionique,

    Et de la riche Égypte les salles hypostyles,
    De Mésopotamie des frises dont le style
    Grandiose et guerrier est présent à notre esprit
    Pour l'avoir souvent vu reproduit ou décrit.
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    Ledit Darius fit percer un canal du Nil
    À la Mer Rouge, pour recevoir du fournil
    Le pain doré, des fruits divers et les barriques
    Qu'il réglait avec sa monnaie, les dariques.

    N'oublions pas qu'il fut battu à Marathon
    Défaite que voulut venger son rejeton
    Xerxès après Platées puis hélas Salamine,
    Mycale enfin, dut faire une bien grise mine.

    À Persépolis, il rehausse la splendeur
    Des temples et remet plus encore à l'honneur
    Les cohortes sans fin de ses vaillants soldats
    Dont les faits d'arme sont pourtant sans grand éclat.

    Quant à Artaxerxès, son fils, qui lui succède,
    C'est par un bain de sang qu'à son trône il accède.
    Il sait se montrer à l'occasion magnanime
    Et même accueille le vainqueur de Salamine,

    Thémistocle, sur le tard frappé d'ostracisme
    À Athènes même, et, ignorant tout racisme,
    Il accepte que ce qui reste d'Israël
    Rentre à Jérusalem, s’y trouvant comme au ciel.

    Persépolis connaît, sous son gouvernement,
    Une floraison de parures, d'ornements.
    Chez les Achéménides, elle apparaît vraiment
    Comme étant la cité au meilleur agrément.


    (Poème inédit)

  • Chose entendue

    Je me trouve un jour à la mairie de mon arrondissement pour une démarche administrative. Une dame est en train de remplir un formulaire à côté de moi. Arrive une autre dame qui la salue :
    — "Bonjour, Madame."
    — "Nous nous connaissons ?"
    — "Je suis votre voisine d'en-dessous."
    — "Ah bon ! J'espère que mes enfants ne vous dérangent pas trop."
    — "Non."

    Et la conversation en reste là. C'est l'anonymat des grandes villes et le manque d'intérêt pour les autres… Nous sommes loin de l'inviattion du Christ à nous aimer les uns les autres…

  • Voyage à Lisbonne

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    Une conque ouverte en grand, tournée vers le large
    Montre une perle au grand jour, vraie, étincelante,
    La splendide parure de l'estuaire du Tage
    Qu'Hélios à son zénith fait reluire éclatante.

    L'antique Olisipo, municipe romain,
    Servait d'escale vers les îles mythiques,
    Oui les Cassérides, productrices d'étain,
    Même pour les Ibères venus de la Bétique.

    La civilisation arabe y imprima
    Son caractère, gloire des califats jadis,
    Encore visible dans le quartier d'Alama
    Et Lisbonne devint un coin de paradis.

    Aujourd’hui elle l’est encore,, assurément.
    Ce n'est pas l'apport de l'époque médiévale,
    Si présent dans les hauteurs, qui le dément.
    Et sa splendeur par vagues vers l’océan dévale.

    À cet endroit, le fleuve s'appelle mer de Paille
    Il prit part aux combats des maures et des croisés
    Et en accueillit une abondante tripaille
    Qu'on pouvait oui-da la mesurer au toisé.
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    L'histoire à chaque époque remodèle les arts.
    Voici le monastère dit des Jeronimos
    Et la tour de Belém, manuéline, à l'écart
    Puis l’infinie richesse de ses azulejos.

    Au siècle des Lumières ici on aménage
    La place du Commerce dedans la ville basse.
    Elle sert de socle à ses différents étages
    Dont la beauté bauté d’un lieu à l’autre se surpasse.

    Ses habitants, aimables autant que travailleurs,
    Ont su accommoder l’ancien et le moderne.
    Fiers marins, ayant le regard tourné ailleurs,
    Ils ont édifié une audacieuse poterne.

    C'est le pont Vasco de Gama qui d'une rive
    À l'autre enjambe, altier, le cours des eaux sereines.
    L'imagination trop sollicitée dérive
    Et couronne Lisbonne, faisant d’elle sa reine.

  • bonnes vacances

    À ceux qui partent à la montage… et aux autres, je dédie ce poème :

    GLACIER

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    Dans cette masse blanche démesurée
    Aux dimensions qui frisent le fantastique
    Une vie souterraine reste emmurée
    Dans nos régions tout comme dans l'Antarctique.

    Le peuple de l'eau habitait ses cavernes
    Et ses crevasses lançaient de sourds messages.
    Des êtres cachés fréquentaient des tavernes
    Se frayant dans la glace d'obscurs passages.

    Les parois bleuies exsudaient des ruisseaux.
    Ils sourdaient par millions, ouvrage inattendu
    De la nature, scintillants vermisseaux
    Reflétant le soleil d'un air entendu.

    Des torrents s'étouffaient au fond des abîmes
    Des cascades sabraient d’étonnantes failles
    Les murs rigides mais vivants, et des cimes
    Chutant en grondant y creusaient des entailles.

    Les eaux profondes venaient à la surface
    Tantôt timide sueur coulant des pores
    De la glace, tantôt dans un volte-face
    Vastes cataractes surgissant d'un port.

    Derrière les jeux d'eau il y a la vie
    Cachée du glacier. Des explosions lointaines
    Indiquaient qu'on avait atteint le parvis
    D'une cathédrale grave et souterraine.

    De voûte en voûte l'écho marquait les chocs
    D'une masse qui ignore le repos.
    Des craquements prouvaient la tension des blocs
    Leur dommage, soulèvement et dépôt.

    De temps à autre un pan du glacier bougeait
    Comme un homme qui remue dans son sommeil
    L’irruption d'un songe l'ayant dérangé
    Et suggéré on ne sait quelle merveille.

    Le fracas des eaux, les jeux de la lumière
    Créant une féerie toujours nouvelle
    Sont l’invitation au for de ma chaumière
    À tourner pas et regards vers l'Éternel.

  • Mondial de football

    Le 31 mai 1990, le pape Jean-Paul II a béni le stade olympique de Rome où devait dérouler le Mondial de football. Il a prononcé un discours sur le sens du sport, dont voici un extrait.
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    […] Les diverses équipes seront appelées ces jours-ci à relever un défi d’autant plus exigeant : faire en sorte que chaque partie constitue un rendez-vous de loyauté, de détente et d’amitié. C’est là un engagement qui regarde non seulement les joueurs en compétition, mais tous les sportifs. En effet, la valeur de cette Coupe de football consiste fondamentalement dans le fait qu’elle offre l’occasion à beaucoup de gens, de cultures et de nationalités diverses, de rencontrer, de se connaître, de s’apprécier réciproquement et de se divertir ensemble, en rivalisant loyalement et dans un esprit de correcte émulation, sans céder à la tentation de l’individualisme et de la violence.
    Le sport est certainement une des activités humaines les plus populaires ; il peut avoir une grande influence sur le comportement des gens, surtout des jeunes ; cependant, lui aussi est sujet à des risques et des ambiguïtés. Il doit donc être orienté, soutenu et guidé pour qu’il exprime ses potentialités de manière positive.
    « Le sport est au service de l’homme, et non pas l’homme au service du sport », lit-on dans le Manifeste souscrit par de nombreux athlètes, précisément en ce stade, le 12 avril 1984, à l’occasion de leur jubilé international. « Le sport, poursuit le document, est joie de vivre, désir de s’exprimer en toute liberté, tension pour se réaliser soi-même complètement. Il est une confrontation loyale et généreuse, un lieu de rencontre, un lien de solidarité et d’amitié ».
    Oui, outre la fête du sport, le « Mondial » de football peut devenir la fête de la solidarité entre les peuples. Mais cela présuppose que les compétitions soient envisagées pour ce qu’elles sont au fond : un jeu dans lequel le meilleur gagne et, en même temps, une occasion de dialogue, de compréhension, d’enrichissement humain réciproque.
    Il faut donc identifier et éliminer les dangers qui menacent le sport moderne : de la recherche obsessionnelle du gain à la commercialisation de presque tous ses aspects, de la mise en scène excessive à l’exaspération combative et technicienne, du recours au dopage et autres formes de fraude à la violence.
    Ce n’est qu’en retrouvant de manière efficace son but et ses potentialités d’éducation et de socialisation que le sport peut jouer un rôle important et concourir, pour sa part, à soutenir les espoirs qui font battre le cœur des hommes, spécialement des jeunes […].
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    Maintenant, je ne puis pas ne pas vous adresser un salut particulier, à vous, athlètes de si nombreux pays, qui êtes les véritables protagonistes de ce prochain Mondial. De tous les coins de la planète, c’est vous que regardent les sportifs. Soyez conscients de votre responsabilité. Ce n’est pas seulement le champion dans le stade mais l’homme avec tout le caractère exhaustif de sa personne qui doit devenir un modèle pour des millions de jeunes qui ont besoin de « leaders » et non « d’idoles ». Ils ont besoin d’hommes qui sachent leur communiquer le goût de ce qui est difficile, le sens de la discipline, le courage de l’honnêteté et la joie de l’altruisme. Votre témoignage, cohérent et généreux, peut les inciter à affronter les problèmes de la vie avec d’autant plus d’engagement et d’enthousiasme.
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    Il est significatif que certaines expressions typiques du langage sportif — comme, par exemple, choisir, s’entraîner, discipliner sa vie, résister à la fatigue avec persévérance, se confier à un guide exigeant, accepter les règles du jeu avec honnêteté — ne sont pas inconnues des disciples du Christ. En effet, la vie chrétienne, elle aussi, requiert un entraînement spirituel systématique, puisque le chrétien « comme tous les athlètes, s’impose une discipline rigoureuse » (1 Corinthiens 9, 25).

  • vacances à la mer

    À ceux qui peuvent prendre des vacances au bord de la mer, je dédie ce poème… et aux autres aussi.

    YACHT
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    Une odeur de girofle ainsi que de cannelle
    Baignait sur le yacht mon bien modeste logis
    Sur les murs dansait une drôle de ritournelle
    Des ombres frémissantes venant d’une bougie.

    Des tentures vieillies affichaient les stigmates
    Du grand Hélios, témoins d'aventures lointaines
    L'éclat des ors avait disparu, et le mat
    Avait arraché une réussite incertaine.

    Nous avions, à l'escale, pris une cargaison
    De coriandre. Ailleurs un obscur potentat
    S'y intéressa, mais hors de toute raison
    L'imagination fit que ce fait me hanta.

    Sagement alignées sur la longueur du quai
    Des maisons colorées comme des entremets
    Chevauchaient hardiment de sordides troquets
    Où le matelot, las mais heureux, se remet.

    Le carillon jette à pleine main sa monnaie
    D'or et d'argent et de cristal sur le village
    Un gars s'éloigne la tête dans son bonnet
    Peut-être pressent-il l’approche de l’orage.

    Plus près le tintement aigre du virginal
    Déchiquette au petit matin le brouillard blême
    L'âme est saisie par son sanglot original
    Et salue le soleil qui pointe, fier emblème.

    Un lit baroque qui me fut donné en gage
    S'avançait qui voulait m'écraser par l’entrave
    Semblable à un galion prêt à faire naufrage
    J'en perdais le repos, même au fond de mon havre.

    Les furtives odeurs des chalands dans la nuit
    Refoulaient vers mon alcôve l'arôme des épices
    Sons et fragances dans le yacht chassaient l'ennui
    Inquiet pourtant, l'esprit craignait des maléfices.

    Le sablier du temps coulait sur notre monde
    Du sable recouvrait partout les moindres formes
    Il n'y aurait bientôt plus rien à bord d'immonde…
    Et le yacht s'évanouit devenu ombre informe.medium_Yacht1.jpg

  • Voyage à Khinsasa

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    Le mal d'Afrique est un mal dont on ne meurt pas
    Mais il est rare que ceux qui portent leurs pas
    Sur ce grand continent piriforme y échappent :
    C'est fièvre d'amour qui fermement vous attrape.

    C’est irrationnel, et un peu incontrôlé,
    L'étranger ne se laisse certes pas enjôler,
    Non, il est plutôt embobeliné, séduit
    Par des sortes d'effluves dont il est comme enduit.

    Au Congo, Kinshasa, la grande métropole,
    Elle aussi de colline en colline cajole
    Le nouveau venu, quel qu'il soit, et le mignote,
    Fait pression sur son cœur, puis après le grignote.

    L'explorateur Stanley John fonda cette ville
    Pensant au roi, il la nomma Léopoldville,
    Hommage à qui créa pour une coloniale
    L'Association africaine internationale.

    Le majestueux Congo s'étale et prend ses aises
    Puis chute d’un seul coup, rappelant le Zambèze.
    Il forme à Kinshasa le seul Malebo Pool
    Large de bien trente kilomètres et s'écoule

    Vers Matadi, où il est agité soudain.
    Par ses rapides il file non sans dédain,
    Tandis que dans les rues des foules de kinois
    Déambulent toujours avec leur gai minois.

    Ils vont, ils viennent sur des artères de sable
    Entre des palissades d'où n'émerge aucun gable.
    Ils gravissent les pentes, et puis en redescendent
    En colonnes sans fin qui de partout serpentent.
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    Qu'importe s'il n'y a plus aucun lampadaire,
    Si les lampes à huile donnent un drôle d'air
    À la ville, où la nuit est tombée de bonne heure,
    Sa latitude étant à peu près l'équateur ?

    Qu'importe tout ce qui manque à l'occidental ?
    Il est pris, quoi qu'il veuille, c'est tout sentimental,
    Par l'atmosphère ambiante et puis par l'air du temps,
    Par l'humus africain et par ses habitants.

  • vacances à Las Vegas

    Devant quel dieu faudra-t-il s’immoler un jour ?
    Celui de Las Vegas qui habille de fièvre
    Ces hommes qui, en automates, nuit et jour
    Vivent en attendant un idéal aussi mièvre ?
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    L’attente d’un gain, dans l’espérance fiévreuse
    Prolongée au-delà du simple supportable.
    Attente qui de jour en jour un peu plus creuse
    Des visages qui sont loin d’être charitables.

    Il faut avoir vu ces regards pleins de détresse,
    De cadavres vivants déjà dans leur linceul,
    Pour saisir qu’en dépit de l’inconstante presse
    Devant sa table de jeu chacun est bien seul.

    Il faut avoir croisé tel ou tel de ces gars
    Aiguillonné tantôt par un modique gain
    Devant sa machine à sou, avide et hagard,
    Haletant, à l’affût d’un éventuel regain.

    Il faut avoir senti toute l’inanité
    D’un comportement que seulement la passion
    Commande et qu’accompagne un brin de vanité
    Forçant, corps et biens, à la dilapidation.

    Ils sont tristes à voir tous ces pauvres minets,
    Qui rôdent incertains, et dont la pauvre allure
    S’est flétrie au contact de vils estaminets
    Et a perdu du même coup toute sa parure.

    Tout à l’heure, il faudra bien imposer un terme
    À l’envie tenace et pourtant insatisfaite
    Qui oblige de jour en jour à parier ferme,
    Enjeu funeste qui annonce la défaite.

    Las Vegas, où le vice du gain facile est roi,
    Las Vegas éclairée par des millions d’ampoules,
    Tu ne livres pas la paix mais le désarroi,
    Tu te découvres ogresse, et non pas mère poule.

    Malheur, ô engendreuse de rude perdition
    Qui colle sur l’âme une effroyable noirceur.
    L’homme a vite oublié qu’il devra reddition
    D’une vie de ripailles, lui le pauvre noceur.

    Malheur, ô enjôleuse de rude perdition
    Qui plonge l’âme dans une étrange laideur.
    L’homme a vite oublié de faire sécession,
    Sa vie de rimailleur, d’avoir été plaideur.

    Malheur, ô envoûteuse de rude perdition
    Qui endort l’âme d’une impayable torpeur.
    L’homme a vite oublié de poser condition :
    Sa vie de ricaneur, il n’en a point la peur.
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    Tu trimballes partout ta une richesse insolente.
    On te sent satisfaite de cet indécent luxe.
    L’homme que tu séduis garde l’âme dolente.
    Ton emprise l’empêche d'amorcer un reflux.

    Tu t’enorgueillis de ta richesse insolente.
    On te sent minaudant de lumière et d’ors.
    L’homme que tu séduis garde l’âme violente
    Ton emprise l’empêche d’éprouver du remords.

    Tu fais la fière de ta richesse insolente.
    On te sent prétentieuse dans tes petits décors.
    L’homme que tu séduis garde l’âme latente.
    Ton emprise l’empêche de vivre dans son corps.

    Que se déchaînent sur toi les foudres du ciel.
    Qu’elles triturent tes biens à jamais en cendres.
    Alors naîtra un grand signe, un arc-en-ciel.
    De semblable spectacle, on ne peut que s’éprendre

    Que s’abattent sur toi les foudres de mon ciel.
    Qu’elles malaxent tes biens à jamais en cendres.
    Alors naîtra un grand signe, un gratte-ciel.
    Sur semblable spectacle, on ne peut que s’étendre

    Que se déversent sur toi les foudres du ciel.
    Qu’elles réduisent tes biens à jamais en cendres.
    Alors naîtra un grand signe, si essentiel.
    Et semblable spectacle, seul peut le comprendre

    L’âme qui par le vice ne se laisse corrompre.
    Lassée du tintamarre de toutes les nations,
    De paix, de pureté, elle bat à tout rompre,
    Et elle entreprend une céleste élévation

    Fuyant à tout jamais les fastes inutiles
    Qui contre elle ont ourdi tant de conspirations.
    Dégagée de tous les lest et fardeaux futiles,
    Elle suit du mérite final l’aspiration.

    À quel Dieu s’immoler, cela elle le sait.
    Ce n’est pas au veau que tout Las Vegas adore.
    Son Amour, on peut dire qu’elle en a fait l’essai
    Et il ne trompe pas, il vaut plus que tout l’or.

  • Un voyage en Corse

    Un de mes cousins, Louis Le Tourneau, a retrouvé de vieux papiers de famille et a pris la peine de transcrire un récit de voyage rédigé par mon arrière grand-oncle, Fernand Le Tourneau (1875-1959).

    SÉJOUR à BASTIA et TOUR du CAP CORSE par M. et Mme Le Tourneau, Mai 1909
    medium_Bastia.jpg
    Dimanche après-midi, nous sommes allés nous promener dans la ville, et sur la côte, où le tramway nous a amenés à trois kilomètres pour 0.20 [francs]. Le tramway est un petit break de 6, où l’on a la prétention de faire tenir jusqu’à 10 personnes, du même modèle que les fiacres de la ville.

    Vers 6 heures, sur la Place Saint-Nicolas, nous nous sommes assis pour regarder passer le beau monde de Bastia, toilettes très claires, toutes jeunes filles à la poitrine déjà opulente et sans corset, amours de petits enfants très bien habillés.

    Après dîner, nous fûmes au Théâtre, qui est tout un poème : les premières coûtent 1.50 chaque, ce qui n’est pas cher, mais presque personne ; davantage aux places bon marché, pas mal de militaires. Ils estiment n’avoir pas besoin de sortir pour se soulager, et que les corridors sont faits tout exprès pour cela, de sorte que la salle empuante, et de telle façon que même en se bouchant le nez et respirant par la bouche, on ne peut y échapper.

    Deux actes ainsi parfumés et mal joués — que peuvent manger les pauvres cabots ? — nous ont suffi, et à 10 heures, nous étions rentrés.

    Départ lundi à 8 heures pour le tour du Cap Corse. Nous allons déjeuner à Macinaggio, à l’extrémité orientale du Cap. La route suit la mer ; la côte est presque droite ; il y a une succession de petits caps, derrière lesquels se dressent les montagnes du massif central. De temps en temps, un petit cours d’eau et quelques maisons : c’est la « marine » d’une commune, dont les villages sont éparpillés aux flancs des montagnes. Chaque vallée forme comme un éventail dont la tige aboutit à la mer, tandis que la partie dépliée est à l’intérieur, et les montagnes, par contre, étroites au départ à la chaîne centrale, s’élargissent en approchant de la mer.

    Après déjeuner, nous partons par une chaleur assez forte pour passer du versant oriental au versant occidental, en contournant à grande hauteur le nord du Cap. Région presque inhabitée, maquis très maigre. Le temps s’est malheureusement couvert, et du col de la Lena (361 mètres) nous ne voyons que les profondes découpures de la côte occidentale. Les nuages nous cachent le Cinto et ses neiges. Nous descendons en contournant la côte jusqu’à Morsiglia, où nous devons dîner et coucher. Nous faisons un tour dans le village, qui domine la mer de très haut : très différent d‚aspect des villages de l’intérieur de l’île. On ne rencontre pas d’hommes à fainéanter, ni de cochons à vagabonder sur la route ; il ne dégage pas l’odeur de Corte, et les enfants, comme les champs, sont propres et bien tenus. La terre est cultivée tout autour, retenue par des terrasses, jusqu’à la mer.

    Nous nous asseyons au bord de la route, dans l’espérance d’un beau coucher de soleil, mais il se couche dans les nuages, et nous rentrons faire dans cette auberge de peu d’apparence le meilleur dîner de notre voyage : potage, langouste, poissons frits, petits pois au lard, sanglier, raisiné [confiture que l’on fait avec du jus de raisin et d’autres fruits], brocchio aux œufs, sorte de crème renversée, le tout arrosé de vin blanc de l’année, et de vin fin, récolté et soigné par l’aubergiste depuis 17 ans et qui était délicieux.

    L’aubergiste nous servit, la serviette sous le bras, et nous conta des détails sur le pays. La langouste s’y vend maintenant 22 ou 24 sous la livre, alors qu’il y a vingt ans, elle n’en valait que quatre [un sou équivaut à 5 centimes de franc]. Le vin fin qu’il nous sert est le produit des meilleures vignes du pays, avant le phylloxéra. Les grappes, cueillies et triées, étaient mises à sécher au soleil avant d’être pressées, et on avait ainsi du vin naturel ayant jusqu’à 14, 15 et même 18° d‚alcool. Le vin était soutiré tous les ans de grands fûts dans de petits, puis dans des dames-jeannes et n’était bon à mettre en bouteilles qu’à la sixième année.

    On chasse le sanglier toute l’année, et on en tue une soixantaine chaque année. Si un étranger désire chasser, tout le pays s’en met, et il arrive parfois qu’on tue deux ou trois bêtes dans la même battue, comme il arrive que l‚on ne tue rien. Les bêtes ne sont pas vendues, on les partage entre tous les chasseurs.

    La côte est très poissonneuse ; les pêcheurs sont rentrés la nuit dernière avec environ 3000 kilos de poisson, et sont partis avec les mulets chargés pour en vendre dans tous les villages avoisinants.

    Les chèvres sont dans la montagne et ne reviennent pour pâturer dans les maquis communaux que du 23 décembre au 23 mars.

    Chambre très propre, blanchie à la chaux, lits de fer, serviettes-éponges, et, sur la toilette, savon et brosse à dents !!!

    En nous éveillant, nous entendons les oiseaux : ceci est une nouveauté, car il n’y en a presque pas à l’intérieur de la Corse.

    (à suivre…)